Par Romain A. – Temps de lecture : 5 minutes
Un mercredi soir au bord de la Garonne, dans la métropole viticole, deux compagnons tenant chacun un verre à la main : c’était là, le seul ferment nécessaire pour accoucher d’un cocktail explosif ! Pendant qu’ils savouraient ce moment de convivialité, ces deux amis furent accostés par un individu, subissant les affres d’attaques à l’arme blanche ; une forme d’agression désormais monnaie courante. Tant et si bien que nous pourrions envisager, cette année, un millésime des agressions au couteau, au lieu du millésime français 2024 évoqué lors de la dernière allocution présidentielle de fin d’année.

Un « jeune perdu et sans repère », un « déséquilibré mental » ou un « dangereux salafiste » : FAÎTES VOS JEUX, RIEN NE VA PLUS !
Il convient tout d’abord, d’investiguer avec minutie les faits et le profil du suspect. Celui-ci a été formellement identifié : il s’agit d’un homme afghan de 25 ans, ayant acquis le statut de réfugié le 14 septembre 2021, deux ans après avoir déposé une première demande d’asile en Grèce, en 2019. Durant la perquisition, aucun élément transcendant ne fut découvert : une médaille de boxe, deux exemplaires du Coran, un tapis de prière et quelques modestes meubles. En somme, des effets courants chez un pratiquant musulman de condition modeste. Lors de l’agression, les analyses ont unanimement révélé l’absence de toute trace de drogue ou d’alcool. Ainsi, tous les qualificatifs mentionnés dans le titre initial se révèlent inappropriés. Bien au contraire, l’individu semble jouir d’un équilibre psychologique, menant une existence simple tout en observant sa foi islamique.

Une fois ce cadre établi, il est désormais opportun d’examiner les détails de l’agression. Comme le soulignait Paul VALÉRY, « Celui qui ambitionne de réaliser de grandes actions doit prêter une attention minutieuse aux détails ». Assurément, les détails revêtent une importance primordiale dans toute entreprise, qu’elle soit noble ou révoltante. Dans cette attaque au couteau, de multiples aspects doivent être scrutés attentivement afin de mieux appréhender la conjoncture actuelle de notre nation, notre esprit et qui nous permettent de comprendre encore mieux ce que notre pays vie actuellement.
DU POING AU COUTEAU, DE L’ÉPÉE AU SABRE : UNE SYMBOLIQUE CULTURELLE ?
Les plus anciens parmi nos lecteurs se rappelleront des blousons noirs, ces jeunes « loubards » arborant fièrement leurs vestes de cuir noir dans les années 50 et 60, prêts à semer le chaos au moindre prétexte. C’était notamment le cas lors de concerts ou de bals populaires, où ces individus, tout en fredonnant les derniers airs de rock’n’roll à la mode, ne rechignaient pas à engager le combat au moindre regard de travers. Si les couteaux faisaient sporadiquement leur apparition, notamment avec le fameux « opinel », le poing demeurait néanmoins l’arme de prédilection.
Loin de minimiser ces comportements sauvageons, il est crucial de souligner que l’utilisation prédominante du poing a progressivement laissé place à celle du couteau au fil des décennies. Cet outil, présent depuis la nuit des temps en Occident, a traditionnellement été utilisé pour se sustenter ou pour la découpe d’animaux. Toutefois, dans certaines régions du monde, en particulier au Maghreb ou au Moyen-Orient, le couteau a revêtu une importance bien plus sinistre, devenant l’arme de prédilection parmi le peuple arabe. Il a été largement employé dans le cadre du brigandage ou des razzias, perpétrés à l’encontre des caravanes de marchands, une pratique qui a perduré même après l’avènement de l’Islam. Avec la propagation de cette nouvelle religion, s’instaure également, et ce jusqu’à nos jours, la Charia. Ainsi, tout écart commis par un fidèle musulman est sévèrement puni conformément aux sanctions prévues : égorgement ou décapitation pour les crimes les plus graves, amputation de la main pour les voleurs, entre autres. Le sabre, une variante du couteau, a également été largement employé pour les exécutions, là où en Occident, l’épée était réservée aux combats ou à la condamnation à mort des nobles.

DE L’ATTENTAT DE MASSE À L’AGRESSION À CARACTÈRE RELIGIEUX : OÙ EST LE VÉRITABLE DANGER ?
Nous nous remémorons tous les terribles attentats que la France a connus à partir de 2015. Ceux de cette année-là et de 2016 furent les plus meurtriers. Au fil des mois, les attentats perpétrés sont devenus moins nombreux en termes de victimes, mais ont gagné en impact du fait des cibles choisies. Bien que les attaques des 7 et 8 janvier 2015, du 13 novembre 2015 et du 14 juillet 2016 n’aient pas manqué de symbolisme, le nombre limité de victimes permet de souligner davantage la portée symbolique de ces événements. Ainsi, à partir de 2016, avons-nous assisté à des attaques visant une ou deux personnes au maximum, souvent occupant une fonction symbolique : membres des forces de l’ordre, militaires, prêtres, fidèles catholiques, enseignants, etc.
Parallèlement au recul de l’État islamique au Moyen-Orient, la France a été le théâtre d’une multiplication d’agressions pour lesquelles le parquet national antiterroriste n’a pas été sollicité, mais dont la connotation religieuse ne faisait aucun doute. Les personnes agressées sont souvent des fonctionnaires de police, symboles par excellence de l’autorité étatique, mais également des citoyens ordinaires dont le comportement, l’apparence ou simplement le visage ne correspondent pas aux critères des agresseurs. Ces derniers sont par ailleurs de plus en plus jeunes, certains étant en situation irrégulière tandis que d’autres sont des jeunes français, descendants d’immigrés, originaires des fameux « quartiers », que le monde politico-médiatique de gauche affectionne à désigner comme « les jeunes perdus et sans repères ».
Avec l’attaque au couteau à Bordeaux, nous ne sommes plus dans le schéma des attentats de masse perpétrés par des soldats islamistes partis en Syrie rejoindre les rangs de Daesh. Au contraire, la tendance est à l’agression, ou devrais-je dire à la remontrance religieuse par le biais d’actions violentes ; en l’occurrence, les deux personnes agressées, de confession islamique, étaient en train de consommer de l’alcool. Nous nous dirigeons donc, en cette année 2024, vers une recrudescence des attaques au couteau, où des musulmans n’hésitent plus à endosser le rôle de gardiens de la morale, de la police religieuse, de véritables Muttawa ( (en arabe : مطاوعة) ou officiellement Hay’ah (en arabe : هيئة) est le nom de la police religieuse dans certains pays musulmans, dont le rôle est d’appliquer les principes de la charia dans la sphère publique. ), prêts à tout pour que l’ensemble des musulmans vivant en France se conforme à une interprétation stricte des préceptes du Coran et de la Charia, ne tolérant aucune déviation mineure. Le meurtre du jeune Shemseddine, survenu quelques jours avant l’agression de Bordeaux, illustre parfaitement cette situation. En effet, en réaction à des messages, certains à connotation sexuelle, échangés entre ce jeune homme et une jeune fille, les frères de cette dernière n’ont pas hésité, invoquant un crime d’honneur, à le tuer pour « venger l’honneur » de leur sœur.
Un changement indubitable s’opère au sein de la société française. Certaines attaques et agressions ne relèvent plus « simplement » de règlements de comptes, de vols ordinaires ou même du simple plaisir de nuire. L’agression motivée par des convictions religieuses, notamment islamiques, est en train, progressivement, de se généraliser, de gagner en importance, face à une inaction persistante de nos autorités qui pourraient bien, un jour, se résoudre à réagir. Ne soyons donc pas surpris si, à l’avenir, nous sommes accusés de « mauvais comportement musulman » ou de « décadence infidèle ».
Le Conservateur
