SAMEDI SAINT : SILENCE ET MYSTÈRE DE LA RÉDEMPTION

4–5 minutes

SAMEDI SAINT : SILENCE ET MYSTÈRE DE LA RÉDEMPTION


Le Samedi Saint est un jour de grand silence, non pas seulement d’ordre liturgique, mais avant tout métaphysique et eschatologique. L’Église, épouse fidèle, demeure en adoration silencieuse auprès du tombeau de l’Époux crucifié.

La liturgie traditionnelle romaine, dans son antique sagesse, maintient ce jour sans sacrifice eucharistiqueNDLR: exception unique dans l’année liturgique, hormis le Vendredi Saint — afin de signifier la réalité de la mort du Christ et le vide apparent laissé par l’Offrande suspendue.

« Christus factus est pro nobis obediens usque ad mortem, mortem autem crucis. » (Phil. 2, 8)

Dans cet apparent retrait, Dieu n’est pas absent : Il œuvre dans le secret. Le silence de ce jour est une théologie du repos divin, à l’image du sabbat originel. Le Christ, dans son humanité, repose au tombeau ; dans sa divinité, Il descend aux enfers pour y manifester sa victoire.


Le Symbole des Apôtres proclame : « descendit ad inferos ». Cette vérité de foi, confirmée par le Catéchisme du Concile de Trente et par le Catéchisme de l’Église catholique (§ 631-637), enseigne que le Christ, après sa mort, est descendu dans le séjour des morts — NDLR: non pas l’enfer des damnés, mais le « sein d’Abraham », lieu d’attente des justes.

Cette descente salvifique, non une humiliation mais un triomphe, est un acte de puissance rédemptrice : le Christ y proclame la bonne nouvelle à ceux qui l’attendaient (cf. 1 P 3,19). C’est une extension du mystère pascal : la Rédemption ne s’arrête pas au Calvaire, mais pénètre les profondeurs mêmes de la condition humaine.

Les Pères de l’Église, notamment Saint Irénée, Saint Cyrille de Jérusalem et Saint Jean Damascène, ont magnifiquement développé ce mystère : le Christ, Lumière née de la Lumière, pénètre les ténèbres de la mort pour en extirper les âmes des justes.


Pour le fidèle catholique attaché à la Tradition, le Samedi Saint doit être vécu dans une austérité priante, un jeûne librement consenti et une méditation du mystère de la Rédemption. L’on ne saurait profaner ce jour par des occupations profanes, des distractions ou une anticipation prématurée de la joie pascale.

Aucune messe n’est célébrée durant le jour ; seuls les offices de la Liturgie des HeuresNDLR: notamment les Matines du Samedi Saint, riches en lectures patristiques — peuvent nourrir la prière du fidèle. En y ajoutant, la récitation du Saint Rosaire, la méditation des Douleurs de Marie, et l’adoration silencieuse sont vivement recommandées.

L’Église, en ce jour, veille dans l’attente. Elle revit l’espérance silencieuse de la Vierge Marie, unique croyante au pied du tombeau, modèle de la foi pure. La piété traditionnelle l’a souvent appelée « la première veilleuse pascale ».


Le Samedi Saint trouve son sommet dans la Vigile pascale, célébrée après le coucher du soleil, selon le principe que le jour liturgique commence avec les premières heures de la nuit (comme dans la tradition juive). Cette liturgie, qualifiée par saint Augustin de « mère de toutes les saintes veilles », est d’une richesse doctrinale, symbolique et sacramentelle incomparable.

Elle comporte :

  • La bénédiction du feu nouveau et du cierge pascal, image du Christ ressuscité.
  • Une longue liturgie de la Parole, retraçant toute l’histoire du salut.
  • La célébration des sacrements de l’initiation chrétienne, surtout le baptême.
  • Enfin, la messe solennelle de la Résurrection, avec le retour du Gloria, des cloches, de l’Alleluia.

Dans le rite tridentin, la Vigile pascale conserve un caractère profondément ascétique, commençant à l’aube ou tard dans la nuit, soulignant l’irruption de la lumière dans les ténèbres.



« Aujourd’hui, il y a grand silence sur la terre, grand silence et solitude. Le Roi dort… Dieu s’est endormi dans la chair, et il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles. »
— Homélie ancienne du Samedi Saint, Liturgie des Heures


Laisser un commentaire